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Malasana : la guirlande

Bonjour à vous tous, j’espère que vous allez tous bien. En début de semaine je vous ai proposé une courte séance de Yoga à faire à la maison. Dans cette séance j’ai choisi de mettre en avant la posture accroupie. Je vais ici vous expliquer pourquoi. Je vous encourage à lire l’article attentivement afin de comprendre toute la dimension que nous apporte cette posture. 🙂

Chaque posture de Yoga porte en elle un symbole, une histoire et une piste de réflexion. L’Asana nous invite à réfléchir sur nos actions et nos réactions dans la vie quotidienne. D’abord en commençant sur le tapis avec une pratique corporelle, une prise de conscience du corps et des sensations, mais si nous lui en donnons l’opportunité l’Asana résonnera en dehors du tapis.

La symbolique de la Guirlande

Je n’imagine pas l’Inde sans ces guirlandes de fleurs que l’on peut trouver dans tout le pays. Elles sont omniprésentes et ont souvent une belle couleur jaune-orangé comme sur la photo. Dans ce pays la guirlande est associée à l’offrande. Elles peuvent être offertes à un maître spirituel ou disposé dans un temple pour honorer un dieu. Elles sont également utilisées pour accueillir un invité important.

La guirlande fait référence au Mala, un collier de perles servant de support à la méditation, la prière, la récitation de mantra ou encore le compte des respirations. Qu’il s’agisse de fleurs ou de perles la Guirlande a une forme circulaire. Sans fin ni commencement le cercle symbolise l’unité, la perfection et l’égalité. Le cercle symbolise aussi le cycle de la vie et de la réincarnation.

Dans les textes du Puranas, Durvasa (grand sage et magicien) offre une Guirlande à Indra (Dieu du ciel). En la confiant à son éléphant ce dernier la laisse tomber à terre. Indra manque de gratitude et d’humilité face à ce présent. Durvasa très susceptible fut blessé par le manque de respect qu’Indra fit à son cadeau. Il lança alors une malédiction : les dieux perdirent leur immortalité.

La plupart des Yogis pratiquent la posture accroupie en plaçant les deux mains jointes devant le cœur : Anjali Mudra. C’est le symbole de la prière, de la dévotion de la gratitude et du remerciement. En posture accroupie nous sommes proche de la terre, nous nous abaissons pour nous ancrer un peu plus en nous-mêmes. D’un point de vue symbolique Malasana nous invite à pratiquer la gratitude, l’humilité et le respect. Toutes ces qualités que le Dieu Indra a oublié de mettre en lumière.

Lors de la pratique, observez comment votre corps réagit. Est-ce que cette posture est facile ou bien difficile ? Autorisez-vous la gratitude, l’humilité, la dévotion s’exprimer dans votre quotidien ?

L’abandon de l’accroupissement par les pays occidentaux

Dans nos sociétés occidentales nous passons nos journées le plus souvent en posture assis, sur une chaise devant un bureau. Pour aller au bureau nous nous asseyons dans notre voiture ou sur les sièges d’un train. Nous mangeons sur une table et assis sur une chaise. Lorsque c’est le moment de se reposer nous choisissons notre meilleur fauteuil pour nous assoir. Et pour aller aux toilettes c’est une fois de plus en position assise. Avec le développement de nos sociétés nous avons laissé tomber la posture accroupie. Et comme le dise certains Guru : « le problème avec les Occidentaux c’est qu’ils ne s’accroupissent pas. »

Nous allons voir ici que l’abandon de la posture accroupie a des implications biomécaniques et physiologiques. S’accroupir c’est stimuler sa force d’ancrage, c’est cette posture accroupie qui a donné la force à nos ancêtres de se décoller du sol pour se redresser en posture debout. Dans tous les pays du monde, les tout petits s’accroupissent et se relèvent depuis le sol. C’est d’abord en s’accroupissant que l’homme apprend à marcher.

En Occident, que l’on soit pauvre ou riche, nous avons abandonné cette posture. Peut-être car elle est vue comme une posture indigne, inconfortable, primaire, utilisée par les civilisations non développées. S’accroupir quelque part c’est retourner dans un état primitif qui fait aussi référence à un statut social inférieur. Dans cette posture il est facile d’imaginer un paysan indien, un membre d’une tribu africaine, ou à la saleté qui recouvre le sol des villes. Posture utilisée par les mendiants, elle nous rappelle inconsciemment la pauvreté. Nous pensons avoir évolué et dépassé cette position mais en réalité nous avons régressé en nous en éloignant. Aujourd’hui rare sont les occasions de la pratiquer en dehors d’une séance de sport, de fitness, de Gym ou de Yoga. Inconfortable pour la plupart d’entre nous elle nous demande souvent un effort considérable.

Pourtant beaucoup d’humain de la planète pratiquent au quotidien cette posture. En Asie, en Afrique c’est une norme. On va au toilette accroupis, on cuisine accroupis, on se repose accroupis. La posture accroupie est facile et confortable (pour les enfants comme pour les adultes). Dans les pays ou les hôpitaux sont rares la posture accroupie est choisie instinctivement par de nombreuses femmes pour donner la vie.

La position accroupie est de plus en plus mise en avant par le mouvement des naissances holistiques. Avni Trivedi, doula et ostéopathe Londonienne , dit que : « Quand une femme donne naissance dans la position accroupie, les muscles se détendent et permettent un libre mouvement du sacrum afin que le bébé puisse pousser vers le bas, la gravité jouant également son rôle. »

Aujourd’hui, les femmes sont contraintes d’accoucher en posture allongée les pieds coincés dans les étirés ce qui est tout sauf physiologique. Oui, à l’époque, la médecine occidentale était réservée aux hommes et vous n’imaginez pas un homme s’abaisser devant une femme. Encore moins se placer à la terre pour aider une femme à accoucher. Non, il fallait que la femme soit à la hauteur de son médecin, les jambes écartées de chaque côté du lit pour faciliter le travail et le confort du docteur. Allongées dans un lit les femmes sont moins au contact de leur corps et ont moins de capacités de gestion du processus de naissance. Cette méthode peut tout à fait convenir à certaines femmes et certaines configurations, mais on ne devrait pas leur imposer si elles souhaitent faire différemment (accroupi, à quatre pattes, sur le côté…) chaque femme est différente.


Autre aspect de la vie quotidienne la posture préférée des occidentaux pour aller aux toilettes est la posture assise. Loin d’être la meilleure pour le transit, nombreux sont les occidentaux qui souffrent de constipation. Adopter la posture physiologique de l’élimination peut faciliter la tâche. Du moins, il faut réussir à s’accroupir ce qui n’est pas une mince affaire pour les adultes.

C’est assez drôle d’observer que les enfants occidentaux s’accroupissent aisément alors que leurs parents ne le peuvent plus. L’idéal serait d’encourager les enfants à conserver la pratique de cette posture qu’ils font tout naturellement et sans effort au lieu de les inviter à l’oublier définitivement.

« Tout a commencé avec la position accroupie » dit Phillip Bach, ostéopathe pionnier dans la théorie des postures archétypales « l’accroupissement profond et passif, les pieds à plat, mais aussi l’assise en tailleur (Shukasana) et la position assis sur les genoux pliés (Vajrasana), sont profondément intégrées dans la façon dont nos corps sont construits ».
Les articulations du corps humain possèdent en elle un fluide synovial. C’est un liquide corporel qui apporte la nourriture à nos cartilages, elle agit comme une huile et lubrifie les articulations. Deux choses sont requises pour produire ce fluide : le mouvement et la compression. Donc si une articulation n’utilise pas sa pleine capacité d’ouverture, si les hanches et les genoux ne dépassent pas 90° degrés, le corps dit : « Je ne suis pas utilisé » et il commence à dégénérer et à arrêter de produire son fluide synovial.
Faire fonctionner son corps dans toutes ses possibilités, le garder actif et mobile permet donc de conserver une bonne mobilité et une lubrification des articulations efficace.


Attention, l’idée n’est pas de rester accroupis toute la journée. Quelle que soit la posture si on la tient trop longtemps sur une longue période elle risque de provoquer des complications. Les populations qui restent accroupies toute la journée et toute leur vie ont plus de chance d’abimer leurs genoux, et peuvent rencontrer des problèmes d’arthrite.

Par cet article, je vous invite donc à varier les plaisirs, si le cœur vous en dit, de temps en temps, pensez à intégrer Malasana dans votre quotidien. Même si en cours, je vous vois parfois faire la grimace, repensez à toute l’histoire et la symbolique de cette posture. Avec humilité, respect et gratitude, accroupissez-vous pour vous ancrer un peu plus en vous-même. 🙂

J’espère que cet article vous a plu, et que vous pourrez avoir un regard neuf sur la posture accroupie.

Prenez soin de vous. Les prochains articles arriveront très bientôt. Je vous embrasse chaleureusement

Chloé

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